L’esprit des auberges de jeunesse

“Aux jeunes, il ne faut pas tracer un seul chemin, il faut ouvrir toutes les routes” Léo Lagrange, 1936

Grâce à Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État aux Sports et aux Loisirs, les auberges de jeunesse ont accueilli des millions de jeunes de toutes conditions sociales à partir de juin 1936. Vous savez pourquoi ?

Préparer son voyage, faire son sac, sa valise, partir au pied levé et “faire un break” rien de plus commun aujourd’hui. Au XXIème siècle, prendre des vacances, c’est une liberté. Mais 1936, il y a tout juste 80 ans, les congés payés, c’est un nouveau droit ; un droit acquis. Une révolution sociale même : 2 semaines de vacances par an pour tout le monde !

Seulement direz-vous ? Non : pour les congés payés, les billets de train seront désormais à tarif réduit ! Ces deux semaines et le “Billet Lagrange”, comme on l’appelle, vont non seulement bouleverser la vie des classes les plus populaires et de la jeunesse française d’après-guerre mais aussi transformer le tout jeune paysage des auberges de jeunesse.

“On n’entendait plus que ces mots… congés payés… tourisme pour tous… loisirs… repos… comme si la raison sociale de la France était devenue celle d’une urgence de tourisme. Et pourtant, c’était bien la première fois que ce peuple allait se mettre au vert, prendre contact avec la beauté du monde”… Marc Sangnier, les copains de la Belle étoile, éditions Denoël, 1941, p85

L’engagement de Léo Lagrange pour les auberges de jeunesse

Quand Léo Lagrange, en 1936, tout nouveau sous-secrétaire d’État aux Sports et aux Loisirs de 36 ans, affirme sa volonté d’une nouvelle liberté pour la jeunesse, celle des vacances et des loisirs pour tous, c’est tout naturellement aux auberges de jeunesse qu’il confit le soin de concrétiser cette volonté.

Le CLAJ, Centre Laïque des Auberges de Jeunesse (l’ancêtre de la FUAJ), va s’investir pleinement pour accueillir tous les jeunes – filles et garçons, bras dessus, bras dessous – qui parcourent désormais les routes de France. La raison ? Le loisir tel que le conçoit Léo Lagrange correspond au triple objet du CLAJ : “s’instruire, s’entraîner et se distraire et cela, par le voyage” (le cri des auberges de jeunesse n°20 oct.1936 p.8). En moins de 4 ans, le nombre d’auberges de jeunesse va être multiplié par 100, passant de 40 en 1934 à 400 en 1938.

L’euphorie des auberges de jeunesse

“Y’a d’la joie” chante alors Charles Trenet : une explosion d’enthousiasme et de joie, telle que la souhaitait Léo Lagrange. Un sentiment nouveau, né de la conquête d’une nouvelle liberté : celle des congés payés, des vacances et des loisirs pour tous.

Dans les auberges de jeunesse déferlent des jeunes de tous horizons. Pierre Jamet est de ceux-là : il va saisir ces instants de joie, de partage, d'amitié.

Léo Lagrange ne s’adresse pas aux jeunes des auberges de jeunesse avec le langage officiel d’un sous-secrétaire d’État. Il les vit.

Passionné des auberges de jeunesse, il partage avec les jeunes qui les fréquentent les sorties, les fêtes et les “veillées” (les réseaux sociaux n’existaient pas encore), les rencontres et échanges avec eux. Rien d’étonnant direz-vous qu’en 1938, il soit élu Président du CLAJ et qu’il prenne parti pour les jeunes.

Ainsi, l’aide continue et enthousiaste de Léo Lagrange, matérielle et idéologique, a largement contribué à renforcer l’objectif des auberges de jeunesse du CLAJ : mixité sociale et internationale des jeunes.

Une volonté qui, à l’heure des réseaux sociaux et de la mondialisation, reste intacte : inciter au voyage pour apprendre de la découverte des territoires, de la culture des peuples qui les habitent, s’enrichir des différences de l’autre, qu’elles soient culturelles, générationnelles ou sociales pour mieux respecter la diversité de l’humanité.

Si en 1936 le “club des usagers” était le gardien de l’esprit des auberges de jeunesse, c’est aujourd’hui la “communauté des voyageurs HI” qui fait le lien entre toutes celles et ceux qui partagent les bons plans mais aussi les valeurs communes de solidarité, de fraternité et d’écocitoyenneté ; celles et ceux pour qui le voyage est une expérience de vie.

© FUAJ, Pierre Jamet

 

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